Un projet marquant à Toulouse : entretien avec Perrine Malgouyres, directrice de la Mission Voix Occitanie

« Dans nos métiers, il y a de temps en temps des projets plus marquants que d’autres, concernant celui-ci, il y aura un avant et un après, c’est certain. » Perrine Malgouyres, directrice de la Mission Voix Occitanie.

Dans le cadre d’un partenariat entre SING’IN et Les Eléments - Mission Voix Occitanie, le chef de chœur Paul Smith a mené une série d’ateliers de chant choral à Toulouse.

Il est intervenu dans un premier temps lors d’un week-end de formation auprès d’un public constitué de professeurs de musique, de chefs de chœurs, d’étudiants en musique et de choristes amateurs. Le but : transmettre la méthode VOCES8 et fournir aux participants des outils pédagogiques pour la direction de chœur.

Paul Smith est revenu en Occitanie au mois de mars pour une semaine exceptionnelle mêlant masterclasses et ateliers de chant choral auprès des élèves du Conservatoire à Rayonnement régional de Toulouse. Ce projet s’est clôturé en beauté le samedi 14 mars par un concert de restitution à l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines de Toulouse. Dans une salle comble, les participants aux ateliers et aux masterclasses ont chanté aux côtés de l’ensemble vocal britannique VOCES8 Scholars, de la flûtiste Daniela Mars et de l’octuor toulousain Quinte et Sens.

 

A la suite de ce concert, nous nous sommes entretenus avec Perrine Malgouyres, directrice de la Mission Voix Occitanie et coordinatrice du projet.


SING’IN : Suite à ce beau projet à Toulouse, tu nous as dit qu’il y aurait un avant et un après. Pourrais-tu nous préciser ce que tu entends par là ?

Perrine Malgouyres : Le plus marquant, je crois, c’est le fait de voir aboutir enfin tout ce qui nous préoccupe à la Mission Voix Occitanie. Toutes nos missions habituelles ont été réunies dans ce projet.

Notre grande ligne directrice, c’est d’accompagner les publics dans la pratique du chant choral tout au long de la vie, que l’on soit un enfant qui le découvre, un élève en conservatoire, un futur professeur de musique, un amateur ou un professionnel. On cherche à être présent à chaque étape du parcours d’un chanteur, mais aussi à créer des liens entre les personnes et entre les différentes pratiques. Et ce projet avec SING’IN incarne pleinement cette vision. C’est un projet tellement riche et fort.

 

Qu’est-ce qui t’a marqué dans le travail avec Paul Smith ?

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’approche rythmique de Paul. C’est extrêmement précis et il va très loin rythmiquement, même avec les plus jeunes. Il les fait travailler avec le corps, ce n’est jamais cérébral, il leur fait faire les choses et ne cherche pas à leur faire comprendre. Tout ça en restant très détendu ! Une professeure à l’IFMI (Institut de Formation de Musiciens Intervenants) qui a assisté à la répétition générale était époustouflée de voir à quel point Paul travaillait dans un climat détendu, tout en obtenant un résultat aussi exigeant. De notre côté, la pédagogie française peut être très exigeante, parfois presque autoritaire, pour un résultat qui n’est pas forcément plus convaincant, ni de meilleure qualité.

Ce qui m’a également marqué dans le travail avec Paul, c’est qu’en concert, il ne fait pas que diriger, il chante aussi avec les enfants. Ils sont bien conduits, ils n’ont pas peur et ils y vont à fond !

 

Pourrais-tu définir en 3 mots la Méthode VOCES8, transmise par Paul lors des ateliers et masterclasses ? Paul donne souvent ces mots : créatif, inclusif, amusement.

« Créatif » est une évidence.

« Inclusif » car tout le monde participe, que ce soient les élèves, comme le public, les techniciens, etc…

Et je dirais « pluriel ». Pluriel car j’ai beaucoup aimé le fait qu’avec la même méthodologie, il est possible de faire avancer toutes les esthétiques de musique. C’est ce qui m’a le plus emporté dans le sens où c’est le sujet dont on s’empare beaucoup, notamment avec les conservatoires et les écoles de musique : on essaye de dépoussiérer le chant choral car on voit bien que ce n’est pas possible pour les enfants de chanter Poulenc toute l’année. C’est bien qu’ils sachent que ça existe, mais heureusement qu’à la fin du concert il y a des chants comme « Baiana », sinon on les perd.

Les ados, par exemple, ont adoré chanter “The Seed” et ils se sont rendu compte que ce n’est pas si éloigné de Poulenc. Cela crée des passerelles dans leur esprit : ils ne se disent pas que c’est de la musique classique, de la musique baroque, ou de la musique pop… c’est juste de la musique chorale.

 

As-tu eu des retours des enfants qui ont participé au projet ?

Je n’ai pas eu de retours directs des jeunes choristes, mais j’ai eu ceux de leurs parents qui nous remerciaient d’avoir permis à leur enfant de vivre une telle expérience. Ce qu’ils ont particulièrement apprécié - et, à en juger par leur enthousiasme, les enfants aussi - c’est la grande variété du répertoire. Lors du concert, ils ont démarré avec une improvisation sur le chant médiéval « Karitas » d’Hildegarde de Bingen, ils ont ensuite interprété un morceau de Paul Simon et ont fini avec la chanson brésilienne « Baiana ». En une heure de concert, les enfants ont balayé l’histoire de la musique !

C’était aussi le jour du carnaval, un hasard, et un professeur avait apporté des percussions brésiliennes, les enfants se sont énormément amusés, c’était une grande fête à la fin !

 

Y a-t-il eu un moment particulièrement marquant ou émouvant dont tu te souviens ?

Il y a eu plusieurs moments marquants, à différents endroits du projet. Lors des ateliers, il y en a eu beaucoup, mais je pense notamment au soir où Paul a fait travailler l’ensemble Quinte et Sens. J’ai été touchée de voir l’exigence qu’il avait envers des amateurs, alors qu’il a l’habitude de travailler avec des professionnels. Paul ne les a pas lâchés, il a eu une exigence et une grande bienveillance, et c’était touchant de voir que même les amateurs étaient considérés avec autant de sérieux.

Ce qui m’a aussi touché, c’est de voir à quel point Paul est arrivé à embarquer le public et à faire chanter 500 personnes ensemble. Même lui était surpris !

 

Tu as intitulé le concert de restitution pédagogique « Impul’son, Résonances vocales ». Peux-tu nous dire ce qui t’a inspiré ce beau titre ?

L’idée avec ce projet, c’était d’impulser une nouvelle dynamique, de travailler des répertoires différents.

J’ai choisi « Résonances vocales » car la première pièce du programme, « Karitas », part d’une musique très ancienne qui résonne aujourd’hui sous forme d’improvisation et de création contemporaine. J’ai adoré ce passage, avec les enfants qui ne comprenaient pas trop ce qu’ils jouaient, qui se disaient « Mais on ne va pas y arriver ! » et qui finalement, se sont laissé guider, et ont adoré ! C’était très fort de les voir entrer dans ces perspectives nouvelles.


Rendez-vous à la page Agenda de notre site internet pour consulter les dates des prochains concert SING’IN !

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